Re/Productions

Texte-fiction pour le catalogue de l’exposition « Re / Productions » de Cyril Zarcone, galerie Éric Mouchet (Paris, mars-avril, 2016).

EXTRAIT

Il approche et la lumière le saisit.

Sous un dais formé par la végétation, disposées avec une minutie inexpliquée, les sculptures sommeillent, massives et feutrées. Tous en ignorent l’origine, mais on vient souvent, comme on entre dans une nef. On dit qu’autour des volumes, l’atmosphère se tarit et l’ossature des rêves change.

C’est pour cela qu’il est venu.

Un monde flottant s’épanouit au-dessus d’eux, quelque chose s’énonce ici.

vues de l’exposition © Rebecca Fanuele

 

 

 

 

 

Encerclé à son tour, les yeux clos, l’odeur des mousses et du lierre – une prolifération de plantes folles enserrant ces mobiles sans crime sans espèce sans projet. Et dans leurs creux, les trouées croisées où la lumière joue comme par le chas d’une aiguille : le silence s’ouvre lentement sur des pensées amies, enroulées comme des fleurs. Il dépose son histoire, comme d’autres sûrement avant lui. Se souvient de cet homme, un père sans doute ; d’une forêt profonde où les sensations ont effacé les arbres ; du sentiment ténu, indicible, qui fait pencher l’espace devant un corps aimé. Et tandis qu’il remonte les stries de ces images parmi les herbes hautes, il serre une pierre dans sa poche, fendue sur le côté, polie par l’usure de vœux contraires.

Maintenant il peut s’éloigner, s’éloigne.

Les volumes semblent décroître, et le lieu se referme. Il cherche encore, un visage une mélodie, mais rien ne vient. Le présent se suffit, entier comme une lune claire, un cercle attiré par sa fin. Alors il se retourne, craignant un sort, et contemple une dernière fois l’ouvrage – sa beauté monacale, ses formes, pures essences d’où surgissent d’étranges langages. Cette architecture sans nom. Nue. Nue comme un paysage avant effondrement.