Punk Paillettes

Soirée queer « Punk Paillettes » au squat La Suite, (Paris, 2012).

Lecture performée en drag king des extraits du premier roman de Frédéric Ciriez, « Des néons sous la mer » (éd. Verticales) « fiction inclassable, mêlant la satire de mœurs, l’érudition parodique, l’anticipation sociopolitique et le mélodrame portuaire, et multipliant les voies d’eau pour approcher la question complexe, et ici décomplexée, de la prostitution. »

Et notamment cette « note sur le rose » :

Le rose est une couleur délicate, vaguement écœurante, comme les dragées de communion. Le rose est une couleur de fillette ou de sodomite, même si c’est peut-être moins vrai aujourd’hui. Le rose est une couleur de poupée à la chair miraculeuse, sans orifices, juste une pellicule de plastique uniforme, un venin nacré. Le rose est une couleur qui neutralise et annule la souffrance, une couleur de jouets et de peluches. Le rose n’est pas une couleur religieuse, comme le bleu marial ou le blanc des mariages des jeunes femmes au sexe menteur, déjà composté depuis plus de la moitié de leur âge, mais au contraire l’attribut naïf des cuisses de paysannes et des tavernières comestibles, chantées jadis par quelques poètes et prosateurs français – du rose, une gousse d’ail et un rayon de soleil. Le rose est la couleur du bonheur dans l’imagerie populaire, la vie en rose, exil de la corruption au profit d’une hypnose asexuée. Le rose est le signe de la bonne santé de la peau, des joues de femmes et des fesses de nouveaux-nés. Le rose est la couleur des organes frais. Le rose est la couleur des bonbons anglais qui pourrissent les dents si on en abuse, comme le LSD, jadis proposé à la consommation orale sous forme de buvards ornés d’éléphants. Le rose est une couleur de peluches et de dessins animés, comme la célèbre et suave panthère britannique. Le rose est la couleur des chambres de filles aux doigts encore timidement érogènes, la couleur de la division des sexes, les garçonnets étant davantage du côté du bleu. Le rose est fréquemment la couleur des papiers toilettes qui euphémisent l’altérité concrète de la merde. Le rose, quand il est sale, est enfin éloquent, liquette crasseuse d’une fille l’été, jetée sur le trottoir dès les aurores. Le rose est la couleur d’Olaimp, bordel sous-marin sabordé en baie de Paimpol, sucrerie obscène.