MINDLAND

Texte et cartels-poèmes présentant la série / exposition « Mindland » de la photographe Céline Barrère, Festival Photo Saint-Germain-des-Près, galerie Jacques Barrère (Paris, 2011).

– A PLACE CALLED A WAY –

6.
We were here before,
our own ghosts
paying tribute
to the old familiar.
Pioneers.

Où il est question d’une génération (peut-être) et d’un monde (sûrement)

C’est une manière de lorgner en soi. Jusque-là tout a déjà été dit. À la différence qu’ici, la longue-vue n’est pas une quête aux souvenirs mais un désir d’appropriation. On ne se retourne pas, du moins pas vraiment, on veut faire ADVENIR.

Ce qui est là sur le papier photographique n’a jamais vraiment existé avant, vit maintenant pour être oublié aussitôt. Parce que ce qui compte, c’est la vie, après (ce que l’on fait de ces images, non pas ce qu’elles nous font), la vie à côté, en dur. Qui ne doit pas nous échapper (un clin d’œil suffit) – mal mise, mal jouée – sous peine d’une tristesse infinie.

2.
Bonfires wouldn’t help :
smokey lands cover smokey eyes.

C’est moins de la nostalgie que le jeu du fantasme. Le romantisme n’est convié qu’en sourdine, fantôme de pierres et pourtant aérien. Autour, un parfum d’incandescence pour lequel il faut trouver des corps, vite, vite. On crée des scènes non pas pour les contempler – jolie collection –, non pas pour se remémorer ces instants (et peu importe qu’ils soient vécus ou fictions), mais pour les consulter, les imprimer, y entrer, les INCARNER.

Et si l’on scrute parfois le passé, un peu – tout ce que nous autres n’avons pas vécu, trop jeunes, mal nés, trop tard pour flamber avec une époque, quand la nôtre est si lasse – c’est pour en extraire des signes, des codes, des principes à réinjecter dans le futur, toujours, encore. L’esprit d’un monde qui nous a précédé, pas l’imagerie. Pour modeler le présent.

8. In our hair, immortal bees

Il y a quelque part un paradoxe, un flou temporel peut-être. Mais Céline Barrère est de la génération DeLorean. Le passé n’est pas ce voyage linéaire et respectable vers le futur, il le télescope, dans les replis subtilement agencés de ses photographies, l’irradie.

1.
Spring was hitting his dolly face
About old worlds we talked, and jail
Till the sea sang, bewitched he left
Gold sandlaces in our hands

Oubliez donc les hipsters, vilaines scories de revival, oubliez les cartes postales, vous n’en verrez pas. Ce sont des cartes (a map) comme une injonction. VOILÀ ton présent, ce qu’il doit être, voilà comment tu dois vivre ta vie, à présent. « Demain » est à nous, « demain » n’est qu’à moi, « demain » doit être à mon image – celle que je veux voir dans le miroir où flottent des visages frères.

14.
Teens have no soul
They have fingers, they have nails
To scratch
Bodies in flames
Bully like dogs
A hula hoop
Right through their bones
And let mountains
And let mountains
And let mountains
Be howls
– Yeah,
Ancient joy covers their hearts
They build coffins
Like cadillacs

On INVENTE donc ses traces – marqueurs pour d’autres et pour soi-même, encoches à suivre sur une route qui n’a pas d’autre raison que d’être l’utopie, la bataille qui nous a manqué.

12.
Sleeping under leaves and red stones,
I’ve been waiting for signs.